01/3/2013

Une course pour l’unité à Jérusalem


Malgré de récentes tensions entre supporters et joueurs au sein du milieu sportif en Israël, la journaliste israélienne Ruth Eglash installée à Jérusalem examine si le prochain marathon annuel organisé dans la ville peut être l’occasion d’un rapprochement autour d’une passion commune pour le sport, indépendamment de la race ou de la religion. Des événements tels que le marathon de Jérusalem pourraient servir à montrer comment les sports peuvent surmonter les différences et unir les individus.



Jérusalem – Cette semaine, des milliers de coureurs vont inonder les rues de Jérusalem et profiter des paysages spectaculaires qu’offre la ville à l’occasion du troisième marathon annuel.

 

Si la course n’est pas sans soulever une certaine controverse – certains critiquent le fait que le parcours de 42km traverse des quartiers considérés comme palestiniens et sous occupation israélienne – l’atmosphère pour les athlètes et les spectateurs risque, une fois de plus, d’être électrique.

 

« C’est un marathon qui vous coupe le souffle et une expérience unique », déclare Ilanit Melchior, directrice du Tourisme du Jerusalem Development Authority, qui participe à l’organisation de l’évènement. « Il est très différent des autres marathons car les coureurs viennent plus pour apprécier le fait d’être à Jérusalem que pour se mesurer aux autres concurrents. »

 

Le maire de Jérusalem, Nir Barkat, qui va courir le demi-marathon, a récemment déclaré lors d’une interview : « C’est une course magnifique et elle le restera. Elle rassemble tous les habitants de Jérusalem et tout le monde l’apprécie quelle que soit sa race ou sa religion. »

 

Juifs, musulmans et chrétiens confondus feront partie des 17’000 coureurs qui prévoient de venir de plus de 52 pays d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Europe ainsi que de pays avec lesquels Israël a des relations plus tendues comme la Jordanie et la Turquie. Dans l’ensemble, quelque 1’600 étrangers y participeront aux côtés d’un large éventail d’Israéliens, dont certains de Jérusalem-Est.

 

Compte tenu de l’esprit unificateur qui l’anime, l’événement aurait vraiment pu aller jusqu’au bout de sa logique et inclure des Palestiniens de Cisjordanie. Peut-être est-ce un point à envisager à l’avenir ?

 

En dépit de ses limites, le marathon de Jérusalem contraste encore fortement avec la situation du football local. En effet, lors d’une série d’incidents survenus plus tôt ce mois-ci, dont l’incendie du siège du Beitar Jérusalem, des supporters en colère se sont adressés durement à deux joueurs musulmans tchétchènes récemment intégrés dans l’équipe.

 

Lorsque Zaur Sadayev et Gabriel Kadiev ont rejoint l’équipe à la fin du mois de janvier, les supporters ont immédiatement fait connaître leur mécontentement en scandant des mots d’ordre racistes contre les joueurs durant leurs premiers matchs.

 

Le magazine d’informations télévisées, Fact, a diffusé un reportage de fond sur la manière dont Sadayev et Kadiev étaient victimes de harcèlement constant de la part de certains supporters. En Tchétchénie, leurs familles ont exprimé leur inquiétude pour leur sécurité.

 

Les autorités ont également pris au sérieux les menaces faites aux joueurs. En conséquence, des gardes du corps leur ont été assignés et, compte tenu des vives tensions, des centaines de patrouilles de police ont été envoyées pour encadrer les matchs, notamment celui qui opposait récemment le Beitar et ses adversaires arabo-israéliens le Bnei Sakhnin.

 

En réaction contre les menaces des supporters, les officiels du club et les hommes politiques de toutes tendances se sont élevés contre un tel extrémisme.

 

Si la police de Jérusalem a annoncé la semaine dernière l’arrestation de deux supporters suite à l’incendie criminel, il reste beaucoup à faire pour lutter contre ce phénomène. Il est clair que le racisme hors du terrain de football n’a pas sa place dans le milieu sportif ou dans la société en Israël.

 

En Grande-Bretagne, où les supporters et les joueurs se sont aussi montrés coupables de sentiments racistes tant à l’intérieur du terrain qu’à l’extérieur, un supporter a écopé d’une amende au début du mois pour avoir proféré des propos racistes contre un joueur. Bien que minime, cet acte de justice marque un début dans la lutte contre les supporters qui transforment le plaisir en haine.

 

Les images de supporters de football jérusalémites injuriant les deux joueurs tchétchènes sont tenaces. Certains prétendront que l’épisode n’est pas surprenant ou que ce n’est pas la première fois que les supporters du Beitar Jérusalem débitent de tels propos à l’égard de musulmans. D’autres diront que c’est symptomatique de la société israélienne et du conflit en cours avec les Palestiniens.

 

Dans une certaine mesure, ces explications sont peut- être vraies mais s’y attarder trop longtemps sans agir de manière constructive n’encourage pas le changement. Il est temps d’aller de l’avant et de prendre ce cas particulier comme point de départ pour éradiquer le racisme dans le sport en Israël ou ailleurs.

 

Dans le même ordre d’idées, il est également utile de regarder les sports et autres projets visant à réduire les divisions culturelles et religieuses et d’en tirer un enseignement. Dans ma ville natale, juste en dehors de Jérusalem, des fans de football ont constitué une équipe arabo-juive. Ils s’entraînent et jouent régulièrement ensemble. Certes, l’équipe n’est pas au sommet de la ligue de football mais elle montre combien la passion pour le sport peut rapprocher des personnes d’origines différentes.

 

En outre, des événements tels que le marathon de Jérusalem pourraient servir à montrer comment les sports peuvent surmonter les différences et unir les individus. Au lieu de critiquer le marathon, de le boycotter pour des raisons politiques, de faire un effort accru pour inclure des gens de « l’autre côté », le marathon pourrait servir à souligner la passion pour le sport, au mépris de la race ou de la religion.

 

 

 

Ruth Eglash

 

 

 

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Ruth Eglash est l’ancienne directrice générale adjointe de The Jerusalem Post. Elle écrit maintenant pour plusieurs agences de presse internationales et publications. Elle vit en périphérie de Jérusalem. Article écrit pour Service de Presse de Common Ground (CGNews).

 

 

 

© Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews), 1er mars 2013, http://www.commongroundnews.org/


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